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mardi 16 juillet 2013

Enfant et famille: la «révolution des moeurs», aperçu historique (III).


Crédit photo : DR / Article publié le 17.05.2012
Autant de sinistres individus qui en prendrait pour de nombreuses années fermes s’ils récidivaient de nos jours.

Immunité

Dès 1977, les pétitions en faveur de pédophiles incarcérés pulluleront: Janvier 1977, pétition de soutien à trois pédophiles, trois hommes condamnés à trois ans de détention préventive par la cour d’assises de Versailles pour «attentats à la pudeur sans violence sur mineurs de moins de 15 ans». Les enfants n’ont subi «aucune violence», ils étaient «consentants», «si une fille de 13 ans a droit à la pilule, c’est pour quoi faire?», il n’y a pas «crime», «trois ans pour des baisers et des caresses, ça suffit», s’insurge le texte de la pétition. Qui signe? Aragon, Bernard Kouchner, André Glucksmann, François Chatelet, Jack Lang et bien d’autres encore, de Félix Guattari à Patrice Chéreau ou Daniel Guérin. Un peu plus tard, une lettre ouverte à la commission de révision du code pénal exigeait que soient «abrogés ou profondément modifiés» les articles de loi concernant «le détournement de mineur», dans le sens «d’une reconnaissance du droit de l’enfant et de l’adolescent à entretenir des relations avec les personnes de son choix». Derrière le droit de la famille, c’est l’accès à l’enfant qui est visé, il faut démonter la forteresse qui protège l’enfant. Sous cet angle, la question de l’adoption homosexuelle prend une tout autre tournure… Qui signe? Jean-Paul Sartre, Michel Foucault, Roland Barthes, Simone de Beauvoir, Alain Robbe-Grillet, Françoise Dolto (oui, même Dolto…), Jacques Derrida. Interrogé aujourd’hui, Philippe Sollers, signataire de cette supplique, ne se souvient pas: «Il y avait tellement de pétitions. On signait presque automatiquement». Tout est là!

On pensait sincèrement, à l’époque, que le monde allait changer, les tabous s’effondrer, qu’il suffisait de le vouloir pour que cela soit «bon», que les règles morales étaient une création de bourgeois frustrés pour contraindre les facultés de jouissance, juste pour le plaisir de priver le monde; on en est bien revenu. On en est bien revenu, mais il aura tout de même fallu attendre, l’émission Bas les Masques de Mireille Dumas, intitulée «enfance violée», en 1995, et l’affaire Dutroux, en 1996, pour entendre enfin la voix des «victimes» que réclamait Duvert et oser briser le sceau du silence apposé unanimement par cette intelligentsia-là. Selon l'historienne Anne-Claude Ambroise-Rendu, Bas les Masques pulvérise le tabou de la révolution sexuelle: «pour la première fois, on y entend et on y voit les victimes: ces enfants à qui on n'ose plus demander s'ils étaient consentants ou non, qui disent sans équivoque leur souffrance. Pour la première fois, un média évoque les effets de la pédophilie sur les enfants, laissant aux témoins le soin de dire leur mal être, leur incapacité à oublier, à se construire une vie heureuse et équilibrée». Le 26 avril 1995, Libération, qui est toujours sous la coupe de July, célèbre le courage de Mireille Dumas et souligne, la main sur le coeur, à quel point certaines séquences peuvent frôler l' «insupportable». Voilà qui ils sont, voilà comment ils fonctionnent.

Pour toute la période allant de 1960 à la fin des années 80, la base argumentative des champions de la libération sexuelle, et homosexuelle, allie sans complexe homosexualité et pédophilie. C’est dans cette optique que l’on a vu nombre d’associations s’engager activement pour l’abaissement de l'âge légal des rapports sexuels et homosexuels. Un exemple entre mille: en 1985, les Verts allemands, parti auquel Daniel Cohn-Bendit a adhéré un an plutôt, incluent dans leur programme une proposition visant à abolir les articles de loi sur la majorité sexuelle, insistant sur le fait que «les rapports sexuels avec des enfants sont pour les deux parties [enfants et adultes] [...] productifs» (die Welt, 20 mars 1985, p. 4)...

Ainsi, si amalgame il y a, il n’est de loin pas le fait d’une poignée d’homophobes haineux, mais bien celui des pionniers de la libération sexuelle qui, les premiers, associèrent l’un et l’autre dans l’espoir de les faire passer tous deux dans le lot de cette illusoire conception de nouvel âge d’or que tente de fourguer toute nouvelle révolution.

Curieusement, la maille argumentative actuelle des contempteurs de la famille hétérosexuelle traditionnelle, lesquels œuvrent tant pour la détruire que pour démontrer, par l'étalage de ses faiblesses, sa parfaite équivalence avec n'importe quel autre modèle fabriqué selon l'air du temps, s'inspirera des auteurs les plus extrêmes et les plus sombres. Autant de sinistres individus qui en prendrait pour de nombreuses années fermes s'ils récidivaient de nos jours.

Jacques Dugué, le violeur d'enfant, produit dans les colonnes de Libération, quelques figures de style qui ont fait florès depuis: «Malheureusement ce ne sont pas toujours les qualités [celles des garçons qu'il a sodomisés «avec amour»] que l'on rencontre chez des couples hétérosexuels où l'on rencontre plutôt l'égoïsme, jalousie, méchanceté, discordes, infidélités, bêtise, hypocrisie, violence et racisme, et souvent ces gens croient en Dieu.

Ce sont eux qui nous ont créé ces lois inhumaines contre la libertés sexuelle (le gouvernement de Vichy, des guerriers, des fascistes, des catholiques). Ces lois sont désormais anachroniques et rétrogrades, parce qu'encore imprégnées d'un passé religieux (qui n'est pas glorieux, il n'y a qu'à lire l'histoire, il n'y a que des erreurs) faits de tabous, d'interdits, d'obscurantisme, qui depuis des temps, oppriment les individus et les privent de joies et de plaisirs libérateurs». Une dialectique qui rappelle tant de choses.



Guerre contre les mères

Une interview de Duvert par Hocquenghem et Voline est aussi symptomatique d'une façon de penser pour le moins révélatrice de l'union des penchants révolutionnaires féministes et homosexuels dans cette lutte à mort contre le modèle familial traditionnel: «Je vais dire quelque chose de très désagréable: c'est même pas la mère, c'est vraiment la femme que je vise. La femme en tant qu'enseignante, en tant que personne qui a un droit exclusif sur les petits enfants, dans les nurseries, à l'école maternelle et de façon générale dans toutes les écoles communales (il y a une immense majorité d'institutrices, il n'y a pratiquement pas un mec). On peut dire qu'un enfant jusqu'à l'âge de 12-13 ans ne voit que des femmes; il vit dans les femmes. Il y a une sorte de matriarcat qui domine l'impubère. Et de ce point de vue-là, ce livre, L'île Atlantique, est un livre contre les femmes. Pas du tout un livre antiféministe, bien au contraire: un livre contre les rôles sociaux de la femme. Les rôles sociaux par rapport à l'enfant, par rapport à la famille en général.



Et je ne veux pas qu'on appelle mysoginie (sic) la guerre contre les fliquesses et les kapos femelles, ça n'a aucun rapport...

[...] Ce n'est pas de ma faute si les mères sont presque toujours imbuvables et insupportables... S'il existait un tribunal de Nuremberg pour les crimes de paix, il faudra y passer neuf mères sur dix. Je n'y peux rien.

[...] La guerre contre les mères, je pense en effet qu'il faut la faire; qu'il faut s'intéresser à ce côté très particulier de la société contemporaine où les enfants, pendant les douze premières années de leur vie, sont élevés sous vide avec des individus asexués, des espèces de fourmis ouvrières. Et il y a une guerre à mener, non pas contre les femmes en particulier, contre des mères ou contre des mémères, mais seulement une guerre contre les droits culturels exclusifs de la famille, de plus en plus refilés à cet espèce de sous-produit humain en quoi les femmes sont changées. Et je dis que dans la mesure où la vie en société m'intéresse, je souhaiterais que les gens qui vont devenir adultes soient en contact avec des êtres moins infirmes que ceux qu'on a transformés en femmes.

Libé: Ce qui aboutit très clairement à ceci, c'est qu'il faut retirer les enfants aux femmes.

T. D.: Absolument. En tout cas il faut empêcher que les femmes aient un droit exclusif sur les enfants, ça c'est sûr. Il ne s'agit même plus qu'il y ait des relations sexuelles ou qu'il n'y en ait pas. Je connais un enfant et si la mère est opposé aux relations que j'ai avec lui, ce n'est pas du tout pour des histoires de bite, c'est avant tout parce que je le lui prends. Pour des histoires de pouvoir, oui.

Autrement dit, elles se prennent une poupée et se la gardent» (Libération 10.04.1979; suite 1, 2, 3).

Autrement dit, la femme, la mère, est une construction artificielle infirme – on retrouve ici certaines prémices de théories pour lesquelles la famille c'est l'égoïsme et les droits que confère la nature doivent être brisés pour ouvrir totalement un accès égal à l'enfant.



XXIe siècle

De nos jours, sous nos latitudes, et malgré l'opprobre généralisé, ce genre de théorie trouve encore des défenseurs qui, sous couvert de précision des termes, accuse un attachement à l'idéologie traditionnelle. Ainsi le conseiller national socialiste Carlo Sommaruga, qui, en pleine session de commission parlementaire s'opposa à la non-radiation du casier judiciaire des condamnations pour pédophilie au prétexte d'une distinction à faire entre «pédophilie» et «pédocriminalité»; et de citer, à sa défense, les Grecs antiques... La théorie est la même que chez Dugué, pour Carlo Sommaruga, la «culture catholique» (entretien accordé en 2005 au Bureau audiovisuel francophone) est un facteur pathogène de la pédophilie; pourquoi changer une formule qui marche?

En 2011, Carlo Sommaruga déposera, une motion pour interdire, comble de bravoure politique, tout contact avec des enfants aux auteurs de délits sexuels sur mineurs, alors qu'il contre, en 2010, malgré l'avis des experts de la police, la droite sur la création d'un registre des pédophiles.

La vieille école pédéraste a même fait des petits: La North American Man/Boy Love association (site encore actif en 2005), fondée en 1978 suite au succès d’une campagne de la communauté gay de Boston pour se défendre de la chasse aux sorcières dont elle était l’objet, et qui se veut l’héritière directe de cette libre pensée pédérastique. La NAMBLA veut «éduquer la population sur la nature bienveillante d’un amour entre un homme et un garçon», sortir les pédophiles de prison et resserrer la «coopération avec des lesbiennes, des gays, des féministes et autres mouvements de libération».

En Suisse, une association du nom d'Arcados, qui semble s'être évanouie, s'est plue un temps à publier des études sur les effets bénéfiques des relations sexuelles entre enfants et adultes (à signaler que des associations homosexuelles suisses ont récupéré sans sourciller l’adresse arcados.ch, et qu'il y a quelques années encore Moël Volken, responsable de l’association faîtière helvétique Pink Cross, publiait des articles sur arcados.com; mais surtout pas d’amalgame).

Très récemment encore, le premier magazine homosexuel francophone Têtu publiait sur son site, sans la moindre interprétation critique et dans le seul but de célébrer la mémoire des anciens, le premier numéro (avril 1979) du magazine homosexuel Gai Pied, répertorié comme le premier magazine gay de l'ère moderne. Ledit numéro, qui fait en première page la publicité de L'île Atlantique de Tony Duvert, fait, en page 11, la critique de l'amalgame qu'il accuse la presse de pratiquer entre «une affaire de prostitution d'enfants avec vente de photos pornos, et des relations consentantes avec échange de tendresse avec des «presque adultes»». Sur la même page encore, l'on s'insurge devant la rectitude de la justice vaudois qui a osé condamner Claude-Guy, instinctothérapeute, lequel pense «que la sexualité des enfants est réprimée, et que la répression de ces lois fondamentales de la nature est cause de la délinquance sociale. En citoyen helvétique, ses réflexions se teintent de mysticisme, car pour lui l'amour physique permet d'atteindre l'amour pur. Voilà le cadre: écologiste, familialiste, sociologique, mystique. Pervers?

Pourquoi ce procès? Guy-Claude aurait bien pu continuer à vivre dans sa communauté qui, même si sa renommée s'étend rapidement, reste en fait autarcique. Les ennuis viendront de la guérison d'une fillette, Anna, souffrant de troubles nerveux. Ce qui s'appelle en termes juridiques «attentat à la pudeur des enfants». Bien que la fillette aille mieux, c'est la mère qui ne supportera pas le traitement. Elle met sa fille en pension chez son grand-père qui, lui, réagit violemment et porte plainte. Anna va aujourd'hui très mal, elle se sent souillée et recommence à avoir des troubles. Mais la morale est sauve. Guy-Claude sera jugé. Autre chef d'accusation sérieux: il a initié son fils d'abord à la masturbation puis à la connaissance biblique des êtres. Guy-Claude a répondu honnêtement à la demande des enfants, ces enfants qui ne sont d'ailleurs pas cités comme témoins au procès («par peur de les traumatiser»), mais ils ont envoyé une lettre de soutien. Ils n'entrent pas dans le cadre de la justice. Deux cadres dont l'un est censé contenir l'autre. Voilà l'homme en jugement.

[...] Je termine cet article et je suis triste. Ce qu'on ne pardonne pas à Guy-Claude c'est la cohérence de sa recherche marginale. Bien sûr, on se servira d'un bulldozer de taille pour que cet homme soit regardé comme un monstre: le vieux blabla psychiatrique, aussi poussiéreux qu'un palais de justice, fait toujours son office».
Les difficultés, enfin, de nos autorités à définir l'âge de l'innocence dans la loi d'application consécutive à l'initiative pour l'imprescriptibilité des actes d'ordre sexuel ou pornographique commis sur des enfants prépubères sont pour le moins révélatrices du degré de pénétration d'une pensée, construite de longue date, d'instrumentalisation de l'enfant sur l'autel des libertés adultes.

Adrien de Riedmatten

AVoir :
Enfant et famille: la «révolution des moeurs», aperçu historique (III).
La Charité de la Liberté et Parti de la diversité - Qui essayez-vous de tromper?

mercredi 4 janvier 2012

Roman Polanski Pédophile?


Il est de nationalité française (et polonaise, mais ici cela n’a aucune incidence).
Il est visé par un mandat d’arrêt international émis par la justice de l’État de Californie pour une affaire remontant à 1977. Il a à l’époque eu des relations sexuelles   avec une mineure âgée de treize ans après lui avoir fait boire de l’alcool et consommer des stupéfiants. Si mon confrère Dominique de Villepin me lit, qu’il ne s’étouffe pas d’indignation en invoquant la présomption d’innocence : celle-ci a expiré peu de temps après les illusions de cette jeune fille, puisque Roman Polanski a reconnu les faits en plaidant coupable. La culpabilité au sens juridique de Roman Polanski ne fait plus débat.

Roman Polanski, après quelques jours en prison, a été remis en liberté dans l’attente de l’audience sur la peine. Il en a profité pour déguerpir et a soigneusement évité le territoire américain pendant trente ans.
Au départ, l’accusation contenait cinq chefs d’accusation, dont une qualification de viol. À la suite d’un accord passé avec le parquet, comme la loi californienne le permet, Roman Polanski a plaidé coupable pour un chef unique d’abus sexuel sur mineur (unlawful sexual intercourse with a minor), code pénal californien section 261.5., délit puni de 4 ans de prison maximum.
Tant qu’il résidait en France, il était tranquille : la France n’extrade pas ses nationaux. Et il ne pouvait être poursuivi en France, bien que de nationalité française, les faits ayant déjà été jugés aux États-Unis. C’est la règle non bis in idem dont je vous parlais plus haut.
C’est la vanité qui a piégé notre cinéaste : invité en Suisse pour y recevoir une récompense pour l’ensemble de son œuvre (il ne se doutait pas qu’en effet, c’est bien l’ensemble de son œuvre qui allait recevoir ce qui lui revenait), il s’est rendu dans la sympathique confédération fédérale. Fatalitas : à l’aéroport, le contrôle de son passeport donne unping
Mise à jour : D’après la presse suisse, ce serait le cinéaste qui a donné l’alarme lui-même en demandant à la police suisse une protection, attirant ainsi l’attention des autorités sur sa venue : elles ont constaté que ce monsieur était l’objet d’un mandat d’arrêt international émis en 2005 (je vais revenir sur cette date curieuse de prime abord), il n’était pas suisse, il pouvait être arrêté. Et le voici qui goûte la paille humide des cachots helvètes, où il est en cellule individuelle, confiné 23 heures par jour. Ça vous choque ? À la bonne heure. Les prisonniers en France sont traités de la même façon en maison d’arrêt, sauf qu’en plus, ils sont dans une cellule surpeuplée.




L’accord en question l’a fait passer de 30 ans à 4 ans encourus. Je ne crois pas qu’un débat aurait permis de faire mieux. Quant à l’explication humaine…
« Mesdames messieurs les jurés, l’accusé reconnaît avoir ennivré au champagne, donné des barbituriques, et avoir, malgré ses refus répétés, pénétré par la bouche, le sexe et l’anus cette personne.
— Objection, le physique prêtait à confusion !»
Pour info, l’intéressée à 13 ans :


Samantha Geimer


























Au cœur du procès Polanski

En 1977, enfin, inculpé pour relation sexuelle illégale avec une mineure, il fuit les Etats-Unis pour éviter la prison et s'installe à Londres, puis en France. Toujours sous le coup d'une condamnation sur le territoire américain, il n'y a pas remis les pieds depuis trente ans. C'est sur ce fait divers scabreux que revient, pour la première fois avec une aussi grande précision, la documentariste américaine Marina Zenovich. Le film est bien documenté, produit des archives rares et recueille le témoignage des principaux acteurs de l'affaire, depuis les avocats des deux parties jusqu'à l'assistant du procureur, en passant par la victime, les policiers, les journalistes ainsi que l'entourage du cinéaste. Seul ce dernier, qui a toujours refusé de s'exprimer sur ce sujet, manque à l'appel.

Cette absence ne nuit pas à la première qualité du film, à savoir qu'il expose clairement les faits sans céder à l'écueil du voyeurisme. En 1977, Polanski, âgé de 43 ans, fait une séance de photos avec Samantha Geimer, un modèle amateur de 13 ans, dans le cadre d'une commande passée par le magazine Vogue. La scène se déroule à Mulholland Drive, dans la maison de Jack Nicholson, alors absent, où Polanski prend de la drogue avec la jeune fille et a une relation sexuelle avec elle. La mère de Samantha, qui avait incité sa fille à se prêter à l'exercice, porte aussitôt plainte et le réalisateur est arrêté le 11 mars. Niant l'accusation de viol portée contre lui, il se reconnaît néanmoins coupable du détournement de mineur, cet aveu lui permettant d'obtenir, selon la procédure judiciaire anglo-saxonne, l'arrêt des poursuites et une condamnation proportionnelle à l'infraction reconnue.

Cette entente préalable entre les parties n'empêche pas le réalisateur de s'enfuir le 1er avril 1978, après un an de procédure. Cette attitude, incompréhensible, est jugée à l'époque scandaleuse, valant peu ou prou aveu de culpabilité.

TÉMOIGNAGES ACCABLANTS

Le principal intérêt de ce documentaire consiste à en expliquer enfin la raison, en évitant aussi bien le jugement moral que l'apologie implicite du cinéaste. Il fait ainsi apparaître sur le devant de la scène une figure majeure et insoupçonnée de l'affaire : le juge Laurence J. Rittenband. Spécialiste des procédures sensationnelles mettant en cause le show-business, fréquentant de nombreuses stars du Tout-Hollywood, cet homme semble aussi en avoir adopté les travers, en se montrant par-dessus tout soucieux d'entretenir sa propre image.

Cette attitude va le conduire à rompre à plusieurs reprises l'accord tacite passé entre les parties pour éviter le procès. Rittenband navigue en vérité au gré des réactions des médias américains, qui s'accordent depuis le début de l'affaire à lyncher ce cinéaste aussi peu américain que possible. Ne l'avait-on pas déjà soupçonné, en vertu d'un fantasme obscène et sur la foi d'une œuvre qui semble trahir un goût pervers pour la monstruosité, d'être un sataniste impliqué dans le meurtre de sa propre femme ? Le juge Rittenband trahit ainsi sa parole à plusieurs reprises, faisant miroiter une clôture du dossier qui ne viendra en fait jamais, et jouant avec Polanski, qu'il envoie en prison contre l'avis des experts, comme avec une proie.

Les témoignages portés aujourd'hui contre cet homme, mort depuis, sont accablants. Douglas Dalton, l'avocat de Polanski, et son adversaire Roger Gunson, l'assistant du procureur, accusent d'une même voix Rittenband d'avoir abusé de son autorité. Polanski, averti par son avocat de l'instabilité du juge qui entend le remettre en prison après une première sortie, préfère donc quitter les Etats-Unis sur-le-champ.

Depuis lors, en dépit de la destitution du juge sur ce dossier en 1978, puis du pardon public accordé en 1997 par Samantha Geimer lors de la nomination aux Oscars du Pianiste, l'affaire n'avait pas avancé d'un pouce. Elle rebondit aujourd'hui grâce à ce film, dont la réussite tient surtout à la manière dont il décale le regard porté sur cette affaire privée, pour révéler les vices cachés d'un système perverti par la loi du spectacle.


"-Quand j'ai rencontré Roman Polanski, je vivais avec ma mère et ma sœur dans la vallée de San Fernando. Il n'a pas été Ozzie and Harriet, mais nous avions une vie de famille agréable. Ma mère était une actrice de métier, et je voulais être comme elle. Je voulais être célèbre, une star de cinéma. Mais
j'étais vraiment juste sur le bord de cesser d'être un garçon manqué et en essayant d'agir plus comme une jeune fille.
Ma soeur sortait avec un gars qui connaissait Roman et l'a présenté à ma mère, qui l'avait rencontré une fois dans un club. Quand Polanski a dit qu'il allait prendre quelques photos de moi et les mettre dans un magazine européen, c'était excitant. Nous avons pensé que ce serait une bonne chose pour ma carrière.Le 20 février 1977, Polanski m'a pris pour une première séance de photos dans une zone de collines juste à quelques rues de chez moi. Nous avons tourné une bobine de photo, puis il m'a demandé d'enlever ma chemise et a pris des photos de mes seins nus, pendant que je me changeai. Je l'ai laissé faire, mais je me suis senti gêné. Je pensais: «Je ne devrais pas faire cela", mais j'étais un enfant, j'ai donc pensé que si ce n'était pas correct, il ne m'aurait pas dit de le faire. Si je l'avais dit à ma mère, elle ne m'aurait jamais laisser aller avec lui la deuxième fois. Quand il a organisé un autre rendez-vous quelques semaines plus tard, elle n'avait aucune raison de se douter de quelque chose. Je ne voulais pas y aller, mais je persistais à penser que ce serait une bonne opportunité.

Il est venu me chercher à nouveau le 10 Mars à environ 16 h. Dans la voiture, il m'a demandé si j'avais déjà eu des rapports sexuels. J'ai répondu, une fois (il était gênant d'être une vierge parmi mes amis), alors j'ai dit oui. Ce que j'aurai dû dire: "Ce n'est pas de vos affaires."
Nous nous sommes arrêtés à la maison de Jacqueline Bisset, mais je ne la reconnaissait pas à l'époque. Quelqu'un m'a offert un verre de vin, mais j'ai dit non,  sortit de la piscine parce que je n'avais rien à dire aux adultes. Il a pris des photos de moi portant des jeans et une chemise blanche attachée à la taille, mais nous n'étions là que pour environ 15 minutes.
Puis nous nous rendons à la maison de Jack Nicholson's. J'avais vu Chinatown et je me disais "Wow! Jack Nicholson." La femme de chambre nous laisse entrer et disparaît, de sorte que en ce qui me concerne, nous sommes seuls, et je suis très loin de chez moi.
Polanski me demande de poser, de boire du champagne. Je n'ai pas pris le vin plus tôt, mais quand il dit du champagne, ça semble intéressant pour moi. Il ne cesse de reservir mon verre. Puis il me demande de poser topless à nouveau et dit qu'il veut prendre des photos dans le jacuzzi. Je n'ai pas mon maillot de bain donc j'y vais en sous-vêtements. Il prend des photos, puis il se met nu, et là je me dis: "Oh, ce n'est pas bien." J'ai peur et suis patraque, je lui dis que je souffre d'asthme et de me ramener à la maison. Je sors, prend une serviette, mais il ne veut pas me ramener chez moi pour le moment. C'est alors qu'il sort le Quaaludes et me demande si j'en ai déjà pris. Je ment et dis oui. J'en prends un tiers. Il prend ce qui reste et me dit de s'allonger pendant une minute. Je sais qu'il veut avoir des relations sexuelles et il ne prend pas un non comme réponse. Je suis ivre, avait peur et ne savait pas quoi faire, alors j'ai laissez  faire les choses.

Ensuite, Anjelica Huston [qui était l'amie de Jack Nicholson à l'époque] a frappé à la porte. Je présume qu'elle lui demanda: "Qu'est-ce que tu fais dans ma chambre?"

 J'ai commencé à m'habiller, mais Polanski revint et dit, "Lay Back Down", et il a enlevé ma culotte. Il avait été interrompu, alors il fini-brièvement-puis repart lui parler. Je me suis habillé et je suis sorti.

Dans la voiture j'ai commencé à pleurer. Sur le chemin de la maison il dit: "de ne pas dire à ta mère ce qui s'est passé." Mais ma sœur m'a entendu dire à mon copain au téléphone ce qui s'est passé. Ma mère m'a demandé si c'était vrai, alors elle a appelé la police. C'est alors que tout l'enfer se déchaîna...

Article traduit de people du 12/15/1997



La bande annonce du documentaire sur l'affaire Polanski

Documentaire américain de Marina Zenovich
http://www.wildaboutmovies.com/images_6/WANTEDAndDesired325.jpg
Roman Polanski: Wanted and Desired (2008) Limited DVDSCR XViD
Release Date: October 26, 2008
Source: DVDSCR
Size: 719.69 MB
Genre: Documentary
Video: 640×352 (16:9) | 850kbit/s | 23.976fps
Audio: English | 130kbit/s | VBR MP3
Subtitles: None