mercredi 4 janvier 2012

Outreau : nouveaux éléments à charge contre les Lavier


Les deux acquittés d'Outreau sont entendus ce jeudi après la découverte de films compromettants.

Sandrine et Franck Lavier, acquittés dans le procès d'Outreau, doivent de nouveau être jugés pour corruption de mineurs. Par JEAN-MICHEL DÉCUGIS
Les fantômes d'Outreau n'en finissent pas de planer. Depuis ce matin, Franck Lavier est entendu par la PJ de Boulogne sous le régime de l'audition libre. Cet après-midi, c'est au tour de sa femme, Sandrine Lavier. Pas de garde à vue pour le couple Lavier qui doit être jugé le 26 janvier prochain pour "corruption de mineurs", car ils avaient déjà été mis en garde à vue par deux fois en mars et en mai dernier. Or les policiers avaient épuisé 43 h 50 sur les 48 heures auxquelles ils avaient droit. En mai, le couple et quatre de ses proches avaient été placés en garde à vue, et leurs ordinateurs saisis. Ce matériel informatique, analysé par la direction interrégionale de la police judiciaire, a livré de nombreuses photos et vidéos qui font état d'autres faits s'apparentant à de la corruption de mineurs. D'où ces nouvelles auditions.
En début de semaine, quatre de leurs proches avaient déjà été entendus. Les nouveaux fichiers numériques font état de soirées alcoolisées où les enfants sont présents. Ces soirées festives ont eu lieu lors des deux ou trois dernières années. Selon nos informations, les photos et vidéos mettraient en scène Sandrine, Franck Lavier et leurs proches, à demi ou complètement nus, mimant des actes sexuels devant de jeunes enfants. Pour sa défense, l'un des protagonistes disait avoir voulu imiter un sketch de l'acteur Michaël Youn "en courant nu autour d'une table".

Fugue

Tout commence en mars dernier, quand, à la suite de la fugue de deux de leurs enfants un mois plus tôt, Sandrine et Franck Lavier sont entendus une première fois pour des faits supposés de maltraitance. Au mois de février, les deux enfants, âgés de 10 et 11 ans, avaient quitté la maison de Boulogne-sur-Mer et marché plusieurs kilomètres pour rejoindre le domicile de leur ancienne nourrice, au Portel. À cette femme, chez qui ils avaient été placés au moment de "l'affaire Outreau", et bien après, ils ont raconté qu'ils subissaient brimades et mauvais traitements de la part de leurs parents. Ils devaient notamment, en guise de punition, "rester pendant des heures à genoux sur un balai". Un médecin légiste a observé sur leurs jambes des traces de brutalité. Il a également attesté l'existence de blessures aux mains sur la fille.
Dans le cadre de cette enquête, les ordinateurs du couple sont saisis. Ils livrent alors un premier lot de photos et de vidéos mettant en évidence des faits supposés de corruption de mineurs. En mai les époux sont placés en garde à vue. Lors de leurs auditions, les six mis en cause expliquent que la soirée en question était un événement unique. Désormais, avec la découverte de ces huit nouveaux films, à des dates différentes, leur ligne de défense semble passablement écornée. Il s'agirait d'un "mode de vie" selon une source judiciaire.
Contacté mercredi par La Voix du Nord, Me Philippe Lescène, avocat de Sandrine Lavier, avait déclaré ne pas avoir eu connaissance du contenu de ces nouvelles pièces. Mais il avait visionné la première vidéo et restait sceptique sur l'interprétation pénale de tels faits. "La plupart des gens n'auraient pas été poursuivis pour cela, mais quand on est issu de l'affaire d'Outreau, on n'a droit à aucune erreur", a-t-il estimé. Ces nouveaux faits présumés de corruption de mineurs devraient être joints aux précédents lors du procès qui doit se tenir le 26 janvier prochain à Boulogne. Contacté par Le Point.fr, l'avocat de Franck Lavier, Franck Berton, n'a pas souhaité faire de commentaire.

"Une vie de famille tranquille" 

Réminiscence du passé, en 2004, Sandrine Lavier avait été condamnée à trois ans de prison avec sursis par le tribunal de Saint-Omer pour des faits de corruption de mineurs et Franck, son mari, à six ans pour viols aggravés sur sa fille Amanda, agressions sexuelles aggravées sur Amanda et sur son autre fille Aurore, et corruption de mineurs. Mais, en février 2005, le couple avait été acquitté par la cour d'appel de Paris. Cependant, leurs enfants ont longtemps continué à vivre dans des familles d'accueil, la juge des enfants Sophie Carlier refusant la levée de placement. "J'en ai plus que marre des suivis psychologiques, des services sociaux, des éducateurs et tout ce qui s'ensuit ! a déclaré Sandrine Lavier, le 31 janvier 2006, lors de son audition devant la commission parlementaire d'Outreau. Nous aimerions bien reprendre une vie de famille tranquille." Et son mari d'ajouter : "Avant Outreau, nous étions une famille normale, maintenant nous nous retrouvons avec cinquante référents, juges des enfants... On ne comprend pas."
À l'époque, la commission présidée par le sénateur PS André Vallini s'était émue de cette "situation à la Kafka", dixit un des membres de la commission. "Que peut faire la commission d'enquête ? Une lettre au garde des Sceaux ?" s'était-il interrogé avant de déplorer que le juge des enfants soit "indépendant". Un autre membre lui avait emboîté le pas : "Il n'est pas normal qu'ils ne puissent pas récupérer leurs enfants alors qu'ils sont acquittés. C'est révoltant."

L'État condamné

Aujourd'hui, ces mots jettent le trouble. En 2007, Le Point avait révélé une note confidentielle de l'Inspection générale des affaires sanitaires et sociales (Igas) relevant des indices évocateurs d'abus sexuels au sujet de cinq enfants cités comme victimes dans le procès d'Outreau. Des signaux d'alerte qui, selon l'Igas, justifiaient de veiller attentivement à la santé des cinq gamins. Parmi eux figuraient les quatre enfants Lavier. Selon nos informations, le 6 septembre dernier, le tribunal administratif a condamné l'Igas pour ne pas avoir communiqué au juge Fabrice Burgaud ces documents dans le cadre de sa défense devant le Conseil supérieur de la magistrature. Le CSM avait infligé une "réprimande" au juge chargé de l'affaire Outreau. L'État a été condamné à verser 150 euros au magistrat.
Le 8 décembre, Sherif Delay, fils de Myriam Badaoui, une des petites victimes du procès d'Outreau, passera devant le tribunal correctionnel. Il est accusé d'avoir proféré des menaces de mort contre les époux Lavier. Franck Berton signale au Point.fr qu'il ne plaidera pas ce jour-là pour son client Franck Lavier. Il a adressé ce jeudi une lettre au tribunal correctionnel de Boulogne, se constituant partie civile au nom de son client, et demande un euro symbolique.