mercredi 4 janvier 2012

Dany Lacerte Juste

Un père de famille à l’assaut des pédophiles présumés
Un jeune père de famille se lance à la poursuite des présumés cyberprédateurs. Dany Lacerte a voulu vérifier si le reportage de JE sur le sujet a refroidi les ardeurs des pédophiles qui sévissent sur Internet.
«J'ai deux filles actuellement, il faut que la police ait une escouade qui est spécialisée là-dedans. C'est pour faire prendre conscience au monde qu'on est entouré», a-t-il indiqué à TVA Nouvelles.
Dany Lacerte souhaite dénoncer l'inaction des autorités. «J'en pogne à peu près cinq par jour», a-t-il déclaré.
Il affirme avoir piégé une dizaine de pédophiles présumés sous plusieurs pseudonymes. Il s'est par exemple décrit comme une fillette de 13 ans, sur le site de rencontre TAGZ, le site avec lequel l'émission J.E. avait attiré une cinquantaine d'hommes intéressés à rencontrer la jeune Hélodie.
L'homme avait débuté sa traque il y a plusieurs années. Il a décidé de la reprendre devant ce qu'il affirme être un manque de ressources. «Il y en a plusieurs sur le site qui veulent me donner de l'argent pour avoir des faveurs sexuelles», a indiqué Dany Lacerte.
Ce père de famille ne reste pas seulement derrière son écran d'ordinateur. Il se déplace accompagné d'une équipe de deux personnes pour rencontrer ces présumés prédateurs dans la rue.
Enfin, il décrit ses démarches sur Facebook, sur la page qu'il a lui-même créée, contre les cyberprédateurs du Québec.
(Québec) Deux vidéos montrant Dany Lacerte, de Québec, piéger deux présumés pédophiles ont transformé le jeune père de famille en nouveau sauveur 2.0 pendant la fin de semaine. Dimanche, alors que sa manoeuvre avait déjà fait le tour des réseaux sociaux, sa page Facebook croulait sous les encouragements, et la légalité de sa «chasse» aux cyberprédateurs allégués faisait l'objet de débats.

Tout a commencé samedi. Une première vidéo immortalisée par Dany Lacerte a fait l'objet d'une fuite sur YouTube. On y voit un homme, à visage découvert, être accusé d'avoir voulu montrer son pénis, bombardé de questions et de propos parfois durs de M. Lacerte.
Dany Lacerte raconte avoir commencé sa poursuite contre les pédophiles allégués il y a quelques années, en regardant l'émission américaine To Catch a Predator, sans en arriver à des résultats concluants. C'est en visionnant le récent reportage de l'émission J.E.sur le sujet qu'il a été tenté d'aller faire un tour sur les faux comptes qu'il avait créés à l'époque, sous l'identité d'une fille de 13 ans.
«J'ai vu la tonne de messages qu'il y avait. Je me suis fait une liste d'une centaine de prédateurs. Je me suis dit avec l'émission J.E., ils n'ont pas tout compris, ils continuent de m'envoyer des messages. J'ai décidé d'essayer de les convaincre d'arrêter.»

Dany Lacerte a orchestré l'essentiel de ses pièges sur le site de rencontres sociales Tagz, où il dit avoir remarqué la présence de jeunes filles de neuf ans. «C'est un vrai terrain de jeu actuellement, Tagz, pour eux autres. S'ils m'envoient des messages à la tonne dans mes différents comptes, ça doit probablement marcher, leur affaire.» Une fois qu'il les a confrontés sur la plateforme vidéo Skype, le trentenaire rencontre en personne les pédophiles allégués en leur rappelant qu'il détient leurs coordonnées, récoltées à l'aide de sa fausse identité.
«Le premier que j'ai rencontré, je suis pas mal certain qu'il n'a pas eu le choix d'aller faire sa thérapie. Il m'a dit où il allait la faire. Ç'a tombé qu'il y a beaucoup de monde qui le connaissait sur mon Facebook, ce gars-là. D'après moi, il avait vraiment peur que ça se sache», révèle-t-il.
«Ils disent tout le temps que c'est la première fois. Au moins, d'après moi, j'ai vraiment sauvé trois filles qui auraient pu se faire agresser par eux autres.»
Dany Lacerte est conscient que l'affaire est devenue virale sur les médias sociaux, et qu'elle soulève des questions éthiques et légales. C'est pourquoi ses prochaines vidéos brouilleront le visage des hommes pris en chasse.
Pas de regrets
Malgré la tempête médiatique, il est persuadé que son initiative citoyenne en vaut la peine, puisqu'il considère que les enquêtes policières en la matière sont insuffisantes. «Je le regrette pas, parce qu'il fallait passer à l'action. C'est une couple de millions que ça coûterait pour sauver combien d'agressions qu'il pourrait y avoir par année? Quand on est rendu à faire des économies de bouts de chandelle de même pour sauver une vie...»
M. Lacerte jure ne pas être à l'origine de la diffusion de sa vidéo. Le Soleil est entré en contact, dimanche, avec l'un des internautes qui ont diffusé les deux premières vidéos de Dany Lacerte (qui ont depuis été retirées). «Je suis un simple citoyens [sic] qui en a plein le *** de nos lois trop lâches alors j'ai fait ma part en mettant ça sur YouTube», explique-t-il en demandant que son nom soit protégé. Il indique qu'il «respecte énormément» l'auteur des vidéos, sans préciser s'il le connaît personnellement.
À la Sûreté du Québec, on déconseille aux internautes de s'improviser justicier. «Il faut laisser les autorités faire le travail des policiers sur le Web. [Ça] risque davantage de nuire aux enquêtes policières», note la porte-parole Martine Asselin. Les parents qui veulent faire leur part contre les cyberprédateurs devraient plutôt sensibiliser leurs enfants et demeurer à l'affût de leurs activités sur l'ordinateur, conclut-elle.
Une autorégulation du Web
L'initiative de Dany Lacerte envers des cyberprédateurs présumés pourrait être louable en permettant une certaine autorégulation d'Internet, selon l'avocate spécialisée en droit sur le Web Catherine Morissette. En autant que cela ne devienne pas du oeil pour oeil, dent pour dent, précise-t-elle.
«Si chaque parent était vigilant de la même façon que cette personne-là a été, je pense qu'il y a une autorégulation qui peut peut-être se faire sans qu'on ait besoin de déployer des milliards de dollars en ressources policières. Je ne pense pas que ce genre d'initiative enrayera la cyberpédophilie. Par contre, ça attire une présence là où les policiers n'ont pas les moyens d'aller, justement, faute d'argent», indique l'avocate, qui a préféré ne pas s'avancer sur la légalité de l'affaire.
Selon elle, l'opération du père de famille est «une sorte de participation citoyenne qui ferait en sorte que certains espaces dans le Web vont être plus sécuritaires pour les enfants».
Me Morissette croit par ailleurs que la médiatisation de l'affaire n'était pas nécessaire pour qu'elle réussisse. «Parce que de toute façon, lui, ce qu'il a fait, ça n'a aucune valeur devant les tribunaux. L'enquêteur va devoir recommencer à zéro.»
(Québec) La Sûreté du Québec a fortement conseillé à Dany Lacerte, ce «chasseur» de prédateurs sexuels sur Internet, de cesser toute démarche personnelle pour traquer des individus en ligne.
Lundi, la police provinciale a diffusé une mise en garde envers «les citoyens qui seraient tentés de s'improviser "shérifs" du Web, particulièrement en matière de pornographie juvénile».
Bien que le porte-parole Claude Denis nie que l'avertissement soit lié au cas de Dany Lacerte, ce dernier a confirmé avoir été interrogé par les enquêteurs la journée même.
«Il n'y a pas de lien comme tel avec [Dany Lacerte]», soutient le sergent Denis, en admettant toutefois que les apprentis justiciers du Web constituent un phénomène préoccupant.
«On ne peut pas s'improviser enquêteur ou quoi que ce soit sans enfreindre certaines règles. Il y a des façons de faire et nos enquêteurs le font dans les règles de l'art. On veut juste éviter que des personnes se mettent les pieds dans les plats.»
En effet, les personnes qui tentent de piéger de supposés cyberprédateurs risquent de se retrouver, sans le vouloir, avec des photos de pornographie juvénile ou du matériel préconisant une activité sexuelle avec un mineur. Cela peut mener à des accusations de possession, de distribution et de production de pornographie juvénile, et possiblement de leurre au moyen d'un ordinateur.
«Ils m'ont déconseillé de faire ça parce que ça pourrait éventuellement revenir contre moi», a partagé Dany Lacerte.
Rappelons que celui-ci se faisait passer pour une jeune fille de 13 ans sur Internet pour ensuite filmer les individus qui étaient entrés en contact avec lui. Certaines de ses vidéos ont circulé sur la toile et la police s'est intéressée à son matériel.
Sans vouloir émettre trop de commentaires sur le développement du dossier, ce père de famille a toutefois fait part de son désir de poursuivre son combat politique contre les pédophiles qui sévissent sur Internet. Selon lui, il y a de «grosses lacunes» de ce côté. «Il y a eu 58 000 signalements à Cyberaide [un organisme qui agit à titre d'intermédiaire entre les citoyens et la police] et ça a seulement mené à une soixantaine d'arrestations.»
Cette donnée, vérifiée auprès de l'organisme, couvre de septembre 2002 à aujourd'hui. «Je trouve que c'est complètement inacceptable! Moi, j'en ai pogné pas mal plus que ça en même pas trois semaines», pourfend M. Lacerte.
Le porte-parole de Cyberaide, René Morin, tient toutefois à nuancer ces chiffres en expliquant entre autres que plusieurs signalements peuvent porter sur un même sujet. Il ajoute également que «chaque arrestation est une grande victoire parce qu'un même prédateur sur Internet peut s'en prendre à des dizaines d'enfants».
Dangers
M. Morin dit abonder dans le même sens que la Sûreté du Québec à propos des dangers auxquels s'exposent les personnes qui s'autoproclament justiciers du Web.
«On peut comprendre que tout le monde ait envie de contribuer à la lutte contre l'exploitation sexuelle des enfants sur Internet», dit-il.
«Par contre, les corps policiers sont les seuls à avoir la formation, l'expertise et les compétences pour faire ce genre de travail. Si des particuliers s'en mêlent, ils risquent de compromettre les enquêtes policières en cours et finalement faire plus de mal que de bien.»
Malgré la mise en garde de la Sûreté du Québec, l'avocate de Dany Lacerte ne s'inquiète pas pour son client. «C'est sûr que c'est du droit nouveau [...] mais je ne suis pas d'avis que ça constituerait de la pornographie juvénile ni du leurre. La supposition de personne, oui, c'est sûr qu'il peut s'exposer à ça, mais sinon, pour le reste, je pense que ce serait défendable», soutient Me Annick Gosselin.
Cette dernière mentionne qu'il n'y a pas eu de développements concernant les deux mises en demeure que son client avait reçues après la diffusion de ses fameuses vidéos. «On tient ça mort pour l'instant. Il a arrêté tous les gestes reprochés», assure-t-elle.